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lundi 30 novembre 2015

424-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA VILLE DE NICE-PROJET PÉDAGOGIQUE-7




Cette semaine, c'est à la Bibliothèque municipale Romain Gary puis à celle de Cessole que j'ai pu trouver des réponses à certaines de mes interrogations. Je remercie ici les personnels d'avoir facilité et aidé ma recherche. Je remercie également Monsieur José Maria, Président du Club cartophile de Nice et des Alpes-Maritimes, d'avoir mis à ma disposition des reproductions de cartes postales de sa collection personnelle.

"Rendre les champs de repos plus ornés, c'est un culte rendu aux morts. A Nice surtout, ce culte doit être rendu avec plus de délicatesse et de goût, car sur nos tombes aussi les noms des étrangers se mêlent aux noms de nos concitoyens"Antoine Mari (conseiller municipal, dans, Les Cimetières de Nice, rapport de janvier 1900, Imprimerie de "L’Éclaireur de Nice", 1924).




- Cimetière du Château : l'une des sculptures (vers 1880) de l'Allée du Brûloir (photomontage), 
cette "aire d'aigle que les nuages devaient effleurer de leur blancheur humide" (Albert Tournier, 1893).



LES TOMBES DE LÉON GAMBETTA (1838-1882)

Le samedi 13 janvier 1883, le cortège funèbre traverse, sous la pluie, toute la ville de Nice, de la gare (où le corps - partiel - de Léon Gambetta est arrivé de Paris) au Cimetière du Château peu avant 15 heures, suivi par
des milliers de personnes.
"Le char était précédé de deux voitures de couronnes (envoyées des quatre coins de la France aux obsèques
de ce grand homme d'Etat), comme à Paris, et les assistants portaient environ six cents couronnes nouvelles" 
(Le Monde illustré, n° 1253 du 20 janvier 1883, p 38), la plupart timbrées de l'inscription, "A Léon Gambetta"
ou "Au patriote". 



- The Funeral of the Late M. Gambetta at Nice,
extrait du magazine hebdomadaire illustré britannique, The Graphic, 27 Janvier 1883 p 85 (Collection personnelle).
1-Le convoi funéraire. 2-Un réverbère voilé du parcours. 3-Le quai de la gare de Nice avec les couronnes parisiennes.
4-Le père de Léon Gambetta.  5-La sœur de Léon Gambetta. 6-La montée du cercueil vers l'Allée du Brûloir.



Cimetière du Château (Plateau d'entrée) : Les obsèques de Léon Gambetta à Nice (le 13 janvier 1883),
illustration, "Le Journal Illustré" n° 5 du 28 janvier 1883 p 40 (Collection personnelle).
A 15 h, le cercueil entre dans le cimetière, suivi d'une assistance triée sur le volet, pour assister à la cérémonie et aux discours.
Arrivée du corps au cimetière (et dépôt du cercueil sur le catafalque d'honneur placé sur un autel de planches dans l'allée centrale, à l'est du plateau d'entrée,
 en arrière de la grande Croix "à quelques pas de la tombe de la mère de Garibaldi", Le Petit Niçois du 14/01/1883 p 2).
L'image montre les tombes et le mur nord du Plateau d'entrée du Cimetière et l'absence, à cette date, de statues ou de chapelles.
C'est la présence même de la sépulture de Gambetta qui, avec celle d'autres personnalités, attirera une classe fortunée au Cimetière du Château
et permettra la multiplication des monuments sculptés.
















- Cimetière du Château (Plateau d'entrée) : Les obsèques de M. Gambetta à Nice (le 13 janvier 1883) - Arrivée du corps au cimetière (et dépôt du cercueil sur le catafalque d'honneur placé à l'entrée),
estampe de Marie Adrien Emmanuel (1848-1891), 21,5x30,9 cm, tirée du" Monde Illustré" du 20 janvier 1883, p 44, Versailles, photo RMN-Grand Palais.
Cette estampe permet de constater qu'à cette date du 13 janvier 1883, la pyramide du Monument aux Victimes de l'Incendie de l'Opéra était achevée et que la grande Croix de bénédiction de la fin du XVIII° siècle était encore en place (malgré la loi de laïcisation des cimetières de 1881). Une photo postérieure à 1899 (car elle montre la Chapelle Tarani bâtie cette année-là) et un dessin de novembre 1902 attestent d'ailleurs encore de la présence de la grande Croix.


A 16 h, le corps de Léon Gambetta est ensuite emporté pour être inhumé dans le caveau familial de l'Allée du Brûloir, suivi d'une assistance encore plus restreinte. Le cercueil est hissé à bras d'homme par l'escalier Lesage puis déposé au devant de la tombe. Le caveau se révélant trop exigu, le corps est gardé, pour la nuit, dans le reposoir afin d'être inhumé le lendemain matin, en avant du caveau (dans l'allée). Cette modeste concession, coincée entre deux autres tombes de l'Allée du Brûloir, sur le flanc ouest de la colline du cimetière, a été acquise par Léon Gambetta de son vivant (par l'intermédiaire de son père), le 9 avril 1878, et sa tante (décédée en mars 1878) et sa mère (décédée en juillet 1882) y reposent déjà. 

Le lendemain des funérailles, dès 14 h, le grand public est autorisé à venir rendre hommage au grand homme et ce sont "plus de 20.000 visiteurs" qui se rendent sur sa tombe où "deux drapeaux tricolores déployés" recouvrent la tombe, l'un sur la dalle et l'autre sur l'urne ; la plaque de marbre offerte par la "Jeunesse Républicaine de Nice à Gambetta", repose en tête de tombe, sous les plis du drapeau (Le Phare du Littoral du 15 janvier 1883 page 2).

Les centaines de couronnes des funérailles (celles du cortège et celles ramenées de la gare) sont entassées, pour leur part, dans la partie basse du cimetière, occupant un très grand espace tout autour de la grande Croix centrale. Les pèlerins qui, dans les jours et semaines qui suivent, se rendent sur la tombe du grand homme, ne manquent pas d'emporter, en souvenir, quelque fleur, ruban ou insigne de ces couronnes (Le Petit Niçois du mardi 16 janvier 1883 page 2, Le Phare du Littoral du 17 janvier 1883 page 1)Une pyramide commémorative de bois noirci, entourée d'une barrière de bois, va cependant être érigée sur le Plateau supérieur (actuel Plateau Gambetta), derrière la tombe de Gambetta, afin de recueillir une partie de ces couronnes mortuaires. Elle va rester au Cimetière pendant 25 ans.

"Un immense trophée funèbre domine la ville et c'est à côté de cet amoncellement de fleurs et de couronnes que repose, enseveli dans le drapeau national, le puissant républicain que fut Gambetta" (Le Petit Niçois du 1er janvier 1885).

Cette pyramide a d'abord été positionnée à côté de la tombe de Gambetta pour être visible au-dessus de cette dernière, près du milieu du Plateau supérieur, sur le côté ouest (actuel Plateau Gambetta). 


- Cimetière du Château (vue du rebord ouest du Plateau supérieur, axe sud-nord) : la Pyramide de Gambetta, sans date, (après 1883, années 1890 ?),
l'emplacement semble correspondre au milieu du Plateau supérieur (actuel Plateau Gambetta), sur le côté ouest,
 la pancarte (revers) visible à gauche est celle qui indique le "Tombeau de Gambetta",
BMVR de Nice. Bibliothèque Romain-Gary.
Le rectangle de barrières qui encadre la pyramide est constitué de 4 éléments sur ses petits côtés et de sept sur ses grands ; ses grands côtés sont positionnés à l'ouest et à l'est. Les barrières font environ 1 m 70 de hauteur et la pyramide fait, pour sa part, probablement entre 5 m et 5,50 mètres de haut.
Si cette configuration date de 1883, il est très difficile de dater la photographie ci-dessus ; cependant la disparition d'auvents en fer blanc (cités dans le texte ci-dessous comme encore présents en 1887) permet d'envisager une date postérieure à 1887. De plus, la présence d'une pancarte indiquant l'emplacement de la Tombe de Gambetta au-dessous, implique les années 1890.
Il est à noter que cette carte (postée ici en 1907) circulera plusieurs années après le déplacement et même la disparition de la pyramide.



En octobre 1887, Stéphen Liégeard (1830-1925), publie à Paris un ouvrage qui va connaître un grand succès, "La Côte d'Azur", en inventant le terme. Il y décrit la Pyramide de Gambetta (pp 194-196) : "Vers le centre de la terrasse supérieure, se dresse une sorte de pyramide Égyptienne aux larges proportions. De simples voliges passées au noir de fumée y remplacent le granit des pharaons. Il est vrai que ce sapin n'est qu'un bois d'attente (monument provisoire). Des couronnes jaunes, blanches, noires, en jais ou en immortelles, nues ou sous verre, revêtent les quatre faces de la pyramide, agrémentées de regrets assortis. Il y en a de toute provenance et de toute rhétorique : villes et sociétés, comités radicaux et lycées ont pareillement donné. Deux fourgons amenèrent de Paris ces funèbres palmes. Quelques auvents de fer blanc, construits à l'économie s'efforcent de protéger les plus précieuses ; mais le soleil et la tempête en ont déjà raison. Égrenés, fanés, montrant la corde avec la paille, ces pauvres trophées de la Mort meurent à leur tour. Les lambeaux de crêpe décoloré flottent au vent (...). Les anges de marbre qui pleurent sur les tombes voisines semblent prendre en pitié ce délaissement (...). La ville, les fleuves, la mer bleue et les monts violacés, est-il plus souhaitable horizon ? Elle voit tout cela, la noire pyramide, et de toutes parts elle est vue, sinistre, comme l'époque personnifiée dans celui qu'elle garde (...)".


"Nice, 27 décembre 1887. Je suis allé ce matin au tombeau de Gambetta, écrit Joseph Reinach. La petite tombe, si étroite, si modeste est toujours couverte de fleurs, bouquets de grosses violettes, touffes de bruyères roses, gerbes de lauriers. Derrière, sur un tertre, on a conservé une manière de pyramide en bois où les couronnes des obsèques tombent misérablement en poussière"(Joseph Reinach, journaliste et député, Pages républicaines, Paris, Félix Alcan Éditeur, 1894, p 305).

En 1890, Le Petit Niçois du 9 octobre publie une description du Tombeau, rédigée par le poète Léon Riotor : "C'est le monument le plus nu, le moins arrangé de cet endroit ; de chaque côté un espace d'un mètre environ le sépare de deux chapelles très riches (...). Au centre, on voit un cippe surmonté d'une urne, et le médaillon de la tante Joséphine Massabie, sculpté en creux. Rien de plus simple, rien de plus restreint, je dirais même rien de plus banal. La terre est relevée autour, formant une espèce de gazonnage. C'est là, sous la jonchée des couronnes et des bouquets qui se pourrissent que dort Gambetta, entre sa mère et sa tante...". Il faut dire que de nombreux pèlerins continuent à venir se recueillir sur la tombe et à offrir des fleurs et des couronnes, notamment à chaque date anniversaire de sa mort (célébrée le 1er janvier) et pour les Fêtes de la Toussaint.


- Jean Gilletta (1856-1933), photographie du Tombeau Gambetta, début janvier 1883,
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.
La photo ne montre pas les drapeaux tricolores ni la plaque de marbre de la Jeunesse Républicaine  Niçoise, déposés lors des funérailles, ce qui implique qu'elle est postérieure au décès de Léon Gambetta (nuit du 31 décembre au 1er janvier) mais antérieure à ses funérailles (13 janvier). La couronne qui repose sur l'urne et porte l'inscription, "A mon ami", a probablement été offerte par Alfred Borriglione, alors maire de Nice et député des Alpes-Maritimes.


- Jean Gilletta (1856-1933), photographie du Tombeau Gambetta, sans date (janvier 1883 ?),
postérieure aux funérailles de Léon Gambetta,
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ALB GIL II - 170).



Dès la fin des années 1880, une confusion s'installe entre la Pyramide et la Tombe de Gambetta, comme le rappelle Le Petit Niçois à l'occasion du Jour des Morts de 1889 et 1892 : "Gambetta, dont le tombeau n'est pas ainsi qu'on le croit sous la pyramide mais dans une allée située en-dessous" (Le Petit Niçois du 2 novembre 1889 page 2) ; "Il faut dire que le grand tribun n'a pas trouvé à Nice une sépulture digne de ce nom. Beaucoup prennent encore pour son tombeau cette grossière pyramide de bois qui n'en est que l'illusion. Quand cette illusion sera-t-elle enfin réalité ?" (Le Petit Niçois du 2 novembre 1892 page 1).


- Cimetière du Château, La Pyramide de Gambetta, (1889 ?),
"Gambetta, Tomb, Cemetery, Nice, registered G. W. W., Trade Mark",
Lantern Slide 24 D-25 from The French Riviera and Monte Carlo, 
ensemble de diapositives (plaques de verre) pour lanterne magique, daté de 1901 au plus tard,
entreprise écossaise de George Washington Wilson (1823-1893) cédée à ses fils (Collection personnelle).
La présence de la figure humaine permet de réaliser la hauteur des barrières et celle de la pyramide.  L'absence des couronnes d'avril 1901 déposées au sol qui accompagneront ensuite la pyramide vers son dernier emplacement (images ci-dessous) peut laisser penser que la photographie a été prise avant la cérémonie d'hommage à Gambetta organisée par l'Union des Sociétés de Gymnastique de France les 7 et 8 avril 1901.


- Cimetière du Château (vue de l'Allée du Brûloir et du rebord ouest du Plateau supérieur, axe ouest-est) : le Tombeau (à gauche, chargé de couronnes) et la Pyramide de Gambetta (au-dessus, décalée vers la droite, actuelle Allée Defly), sans date (entre 1883 et 1893 : 1890 ?).
La concession a été acquise le 9 avril 1878 et Léon Gambetta y a été enseveli le 14 janvier 1883
 (un problème d'espace ayant repoussé l'inhumation au lendemain des obsèques niçoises) ;
la photographie montre deux plaques de marbre posées sur le devant de la tombe chargée de couronnes dont la plaque gauche, offerte par la Jeunesse Républicaine Niçoise offerte lors des funérailles de Gambetta le 13 janvier 1883 :
"À LÉON GAMBETTA
La Jeunesse Républicaine Niçoise
Les voyageurs de commerce, les syndicats des 
commis et employés, les volontaires de 1870-71, 
un groupe d'artistes du théâtre français,
les élèves de l'école des arts décoratifs".

La plaque droite est celle d'un poème dédié par Elisabeth Hucher (?) au grand homme dont la date de dépôt est inconnue :
"À LÉON GAMBETTA
Il est là couché sous la terre
Et fatigué de ses labeurs
La nuit, son âme solitaire
Vient goûter le parfum des fleurs.

Ton passage est inscrit aux pages de l'histoire
Les fils de l'avenir se disant ton grand no
Et puisant dans leur âme un rayon de ta gloire
Ils iront s'incliner au seuil du Panthéon".

Stéphen Liégeard signale cette plaque en 1887 et Henri Sappia précise qu'elle est cassée au coin inférieur gauche lors d'une visite le 14 septembre 1889 puis la signale disparue en 1898 
(Le Petit Niçois du 4 novembre 1898 p 2 et Nice Historique, n° 757, 1899 p 250). 
Tout à droite, la tombe de la Famille S. montre bien l'inscription relative au décès de Florentin S. en février 1879, mais pas encore celle relative au décès d'Éléonore S-L, en février 1893, ce qui laisse penser que la photographie a été prise entre janvier 1883 et février 1893,
Collection José Maria, Président du Club cartophile de Nice et des Alpes-Maritimes.


- Nice, Tombeau de Gambetta, vue colorisée, sans date (1890 ?),
Shrine to Léon Gambetta,
photochrom print n° 1168 from Views of Architecture, monuments and other sites in France,
ensemble daté entre 1890 et 1900,
Washington, Library of Congress, Prints and Photographs Division.
Du fait des repères chronologiques cités pour la carte postale précédente en relation à la tombe voisine (1883-1893), 
la photo semble donc dater des années 1890-1893, cependant je pencherais pour une date antérieure à décembre 1890 du fait de l'absence de la couronne mortuaire dédiée au père de Gambetta que l'on va découvrir sur la photo ci-dessous.
Sur l'une des couronnes déposées sur l'urne de marbre peut se lire l'inscription suivante : "Les Alsaciens à Gambetta". Il est possible que cette couronne soit celle déposée, par un alsacien, sur la tombe de Gambetta à la date anniversaire de sa mort, le 1er janvier 1890 (Le Petit Niçois du 02/01/1890 page 2). 


- Cimetière du Château (vue de l'Allée du Brûloir) : le Tombeau (à gauche) et la Pyramide de Gambetta (au-dessus, actuelle allée Defly),
 sans date (entre décembre 1890 et avril 1901).
La pancarte indiquant l'emplacement de la tombe est ici visible, "TOMBEAU de GAMBETTA".
Seule la plaque gravée offerte par la Jeunesse Républicaine Niçoise est visible désormais au pied du tombeau, ce qui implique la disparition de la plaque portant le poème dédié à Gambetta (plaque signalée présente en 1887 et en 1889 puis signalée disparue en 1898).
La grande couronne entourant l'urne de la tombe de Gambetta porte l'inscription suivante,
"La ville de Nice à Gambetta Père", ce qui situe la photo après le décès de Joseph Gambetta (le 4 décembre 1890) et le dépôt de cette couronne "en perles noires et violettes" par deux huissuiers de la mairie (Le Petit Niçois du 8 décembre 1890 page 1), lors des obsèques, le 7 janvier, peu après midi. La chapelle de la tombe de droite (Famille W.) est dorénavant fermée par une grille ouvragée et vitrée. La photo est donc postérieure aux précédentes.
Collection José Maria, Président du Club cartophile de Nice et des Alpes-Maritimes.


En 1901, la pyramide (fort dégradée) est déplacée au nord-ouest du Plateau supérieur pour continuer à dominer l'ensemble du Cimetière et de la ville, tout en libérant l'espace de l'Allée Defly et du Plateau supérieur nécessaire à l'organisation de la cérémonie d'hommage à Gambetta, organisée par l'Union des Sociétés de Gymnastique de France, les 7, 8 avril 1901. Son déplacement permet d'installer une estrade destinée aux orateurs (Le Petit Niçois du 6 avril 1901 page 1) mais également de masquer l'état délabré du monument.
Le peintre Octave Guillonnet (1872-1967), est mandaté sur place pour croquer la cérémonie puis réaliser un tableau de cette célébration. Ce dernier, intitulé, La Jeunesse de France au tombeau de Gambetta, 1901 (exposé au Salon de 1905 puis gravé par François Xavier Lesueur) est pour nous un précieux témoignage. Les tombes représentées sont très fidèles à la réalité du lieu. La question qui se pose cependant est de savoir si Octave Guillonnet a respecté l'emplacement exact de la pyramide commémorative ou s'il a tenu à la rendre visible alors qu'elle était masquée par d'autres monuments. Si l'emplacement est bien celui de 1901, cela implique que la pyramide a été descendue d'une allée, pour gagner l'angle nord-ouest du plateau, entre l'Allée Défly et l'Allée Pacôme. 


 - Reproduction du tableau d'Octave Guillonnet (1872-1967), La Jeunesse de France au tombeau de Gambetta, 1901, exposé au Salon de 1905 et représentant la cérémonie d'hommage du 8 avril à Gambetta, organisée par l'Union des Sociétés de Gymnastique de France à Nice (du 6 au 9 avril 1901). vue sud-ouest/nord-est,
On aperçoit en haut (vue prise d'un point surélevé) la silhouette de la Pyramide de Gambetta, à l'emplacement de l'actuelle Allée Pacômeet plus à droite, la Chapelle T. (concession de 1899, monument daté de "1899", achevé en 1900) puis l'Ange de la Tombe de la Famille Louis G. (1901 - monument n° 2 du parcours)
 et enfin des monuments de l'année 1900.



Après les cérémonies d'avril 1901, la pyramide ne regagne pas son emplacement initial, au dos du tombeau de Gambetta. Elle est, si le tableau de Guillonnet est exact au niveau de la perspective, remontée d'une allée et décalée de quelques mètres plus à droite, dans l'allée externe nord du Plateau supérieur. Si le tableau de Guillonnet est inexact, cela signifie que la pyramide ne subit pas de nouveau déplacement mais qu'elle est maintenue dans l'allée externe nord du Plateau supérieur, à l'emplacement qu'elle occupait déjà. 


- Cimetière du Château (Plateau supérieur, allée externe, côté nord-ouest) : la Pyramide de Gambetta, sans date (entre 1901 et 1904 ?), vision en plongée (vue sud-nord),
 avec de nouvelles couronnes déposées, en 1901, tout autour de sa base et le long de la barrière.
L'emplacement précis peut être retrouvé, du fait du paysage mais également du fait de la flèche néo-gothique présente sur la droite de la carte postale (Allée Pacôme), en contrebas, et qui existe toujours.



- Cimetière du Château (Plateau supérieur, allée externe, côté nord-ouest) : la Pyramide de Gambetta, sans date (entre 1901 et 1904 ?), vue sud-nord,
 photographie Jean Gilletta, 
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.
Le rectangle de barrières qui encadre la pyramide est encore constitué de 4 éléments sur ses petits côtés et de sept sur ses grands ; ses grands côtés sont par contre positionnés désormais au sud et au nord.



Plateau d'entrée du Cimetière du Château dominé par La Pyramide de Gambetta,1902 (vue nord-sud),
illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902 page 2 ;
on remarque que la Grande Croix est toujours en place à cette date.



A l'occasion de la Fête des Morts de 1902, Le Petit Niçois publie le dessin ci-dessus (sans légende) accompagné du texte suivant : "Voici d'abord la pyramide élevée à la mémoire de Léon Gambetta et la tombe où reposent les restes mortels du grand patriote. Hélas ! si la tombe est pieusement entretenue, il n'en est pas de même du monument qui est dans un état de délabrement regrettable" (Le Petit Niçois du 2 novembre 1902 page 2).

"C'est un devoir pour nous, lit-on dans "Après l'Ecole" (revue illustrée d'enseignement populaire du 20 janvier 1903 p 196) de rendre une visite au tombeau de Gambetta (...). Le tombeau est si modeste, si effacé entre ses voisins qu'on a dû le signaler par un poteau indicateur qui n'a rien d'esthétique (...). Aujourd'hui 1er janvier (1903), c'est l'anniversaire de la mort du grand orateur, survenue en 1883 (en fait Léon Gambetta décède dans la nuit du 31 décembre 1882 au 1er janvier 1883 - son corps sera embaumé dans la nuit du 2 au 3 janvier). Aussi sa tombe est-elle couverte de fleurs fraîches que de pieux amis sont venus déposer le matin même, ou la veille. A quelques mètres de là (image ci-dessous), au centre du cimetière, s'élève une grande pyramide en bois sur laquelle sont attachées les innombrables couronnes que toutes les sociétés républicaines, les loges maçonniques, les sociétés de secours mutuel, la Ligue française de l'Enseignement, etc., se sont empressées d'offrir à l'ardent patriote que fut Léon Gambetta, à celui qui ne désespéra jamais de la République, quand beaucoup avaient perdu tout espoir".


- Cimetière du Château (Plateau supérieur, allée externe, côté nord-ouest) : la Pyramide de Gambetta, 1903,
dessin exécuté le 1er janvier 1903 (vingtième anniversaire de la mort de Léon Gambetta) et publié le 20 janvier 1903 dans, "Après l'Ecole" (revue illustrée d'enseignement populaire, pp 193-196, fig. 15a),
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.
Le dessin montre que désormais certaines couronnes ont été accrochées à l'extérieur des barrières ;
 il est possible que ces couronnes soient nouvelles et datent du vingtième anniversaire de la mort de Gambetta.


La pyramide est enfin positionnée vers 1904 près du centre du Plateau où elle va rester jusqu'à fin 1908 ou au tout début 1909.


- Cimetière du Château (Plateau supérieur, allée interne, côté ouest) : Nice - La Pyramide Gambetta, après 1901 (vers 1904-1906 ?).
Les hautes barrières ont fait désormais place à des barrières de hauteur réduite formant un rectangle (petits côtés formé de quatre éléments) dont les grands côtés (formés de cinq éléments) sont à nouveau orientés est et ouest.
Du côté gauche de la pyramide, on aperçoit l'angle nord-ouest de l'allée externe avec la petite Chapelle romano-byzantine (concession de 1901) et la haute Chapelle T. (concession de 1899, monument daté de "1899", achevé en 1900). Du côté droit, Au centre, on aperçoit le dôme surmonté d'une croix du dais de la Tombe Jérôme P. (concession de 1901).
Une carte semblable mais colorisée a été postée en mars 1907.

- Cimetière du Château (Plateau supérieur, allée interne, côté ouest) : Nice - La Pyramide Gambetta, vers 1904 (Collection personnelle).
A droite de la pyramide, on aperçoit le dais couronné d'un dôme de la tombe de Jérôme P. (décédé en 1901) puis la Tombe Alfred L. (décédé en février 1904) couverte de fleurs ; la tombe ne présente pas encore la stèle couronnée d'une urne visible sur l'image suivante et laisse penser que la photographie date de l'année 1904.
A gauche, on voit un double du groupe des Deux Douleurs sculpté par Théodore Rivière (1903) au-dessus de la Tombe de Flaminius R. (monument n° 1 du parcours, concession de 1900), puis l'Ange aux ailes éployées de la Tombe de la Famille Louis G. (monument n° 2 du parcours, concession de 1901). Enfin, plus à gauche, on aperçoit le monument de la Tombe des Époux P-F (1900) et l'urne drapée entourée de couronnes de la Tombe de la Famille M. (1900) qui donnent la direction de la Tombe de la Famille Gambetta (premier emplacement de la sépulture familiale de 1878 où Léon Gambetta est enterré en 1883).




- Cimetière du Château (Plateau supérieur, allée interne, côté est) : le Cimetière et la Pyramide de Gambetta, entre novembre 1904 et août 1906 (Collection personnelle).
La photo de cette carte postale a été prise au plus tôt à la fin de l'année 1904 (car la concession de la première tombe fleurie visible à droite a été achetée en novembre 1904), et au plus tard en 1907 (date où le monument absent de la photo, sera érigé au-dessus de cette même tombe, monument n° 12 du parcours). Cette datation est confirmée par la présence de la Pyramide (qui disparaîtra fin 1908-début 1909) mais également par le cachet postal (qui affiche la date de 1908). Cette photo est peut-être même datable entre fin 1904 et août 1906 car la tombe de la Famille D M (concession acquise en août 1906) n'apparaît pas en haut à droite (au devant de l'amas de fleurs).
La carte permet de constater de l'occupation des concessions à cette date. Du côté droit, à l'est, le Monument à Alfred Borriglione (concession de 1902) est pour sa part achevé, avec son buste de bronze (daté "1903"), comme la Chapelle de la Famille P-B-C, avec son ange de marbre positionné à l'entrée (monument n° 18 du parcours, concession de 1902). Derrière ces deux monuments, on peut apercevoir une chapelle vitrée au toit à deux pentes, érigée au-dessus de la Tombe Serge P. (concession acquise au début de l'année 1903). 
A l'extrémité nord, on aperçoit l'un des pots-à-feu de la chapelle, construite sur la concession n° 2970 acquise en 1897. 
Au centre, on aperçoit le dôme surmonté d'une croix du dais de la Tombe Jérôme P. (concession de 1901). Les deux monuments blancs, urne surélevée de la Tombe Alfred L. (décédé en février 1904) et Chapelle B. (décédé en janvier 1904), visibles au fond à droite, du côté nord du Plateau, datent pour leur part au plus tôt de 1904.
 Enfin, à l'extrémité gauche de la carte, on aperçoit l'angle nord-ouest de l'allée externe avec la petite Chapelle romano-byzantine de la Famille B. (concession de 1901) et la haute Chapelle T. (concession de 1899, monument daté de "1899", achevé en 1900).



- Photographies du journal "Le Petit Niçois" du 2 novembre 1907 p 1.
Documents numérisés et en ligne du Conseil Général des Alpes-Maritimes (Archives Départementales).
Les articles concernant les Tombeaux de Léon Gambetta sont liés aux cérémonies de l'Anniversaire de sa mort, aux Visites présidentielles (Carnot 1890, Loubet 1901, Fallières 1909, Deschanel 1920) mais également aux Fêtes de la Toussaint. La photo de la Pyramide ne nous révèle pas son emplacement (environnement illisible) ni sa date (réutilisation d'une photo plus ancienne ?) mais on peut noter la présence d'une borne (probablement une fontaine, ce point d'eau est absent des cartes postales précédentes mais présent sur les photos de 1909 et existe toujours aujourd'hui à l'arrière - côté est- du Tombeau Gambetta) et déjà de barrières basses. Autre élément très intéressant, la légende de la photographie identifie la Pyramide au "Tombeau de Gambetta" et choisit donc de montrer le Monument funéraire plutôt que la sépulture : "Les 1er novembre (...) on pélerine (sic) aussi (...) vers le Monument de Gambetta", peut-on lire dans l'article d'accompagnement.


"Le tombeau de la famille Gambetta à Nice, peut-on lire dans le Journal illustré du dimanche 21 janvier 1883 (avec en couverture une gravure proche de la photographie prise par Jean Gilletta), est situé sur le plateau supérieur du cimetière du château, au milieu de l'allée qui conduit à la petite porte du cimetière israélite. Au bas de la pierre tombale, on lit : Concession à perpétuité, 694 ; en haut : Famille Gambetta. Le monument est en marbre blanc de Carrare. Il est des plus modestes : un mètre de largeur sur deux de hauteur. Au milieu du frontispice, un médaillon de bronze destiné à perpétuer les traits de la tante Massabie (...). Au-dessus du frontispice, une urne".


- Cimetière du Château (Allée du Brûloir) : (Premier) Tombeau de la Famille Gambetta, 1883,
gravure publiée en couverture dans "Le Journal Illustré" du 21 janvier 1883 (Collection personnelle).


- Cimetière du Château (Allée du Brûloir) : (Première) Tombe de la Famille Gambetta, 1883,
gravure publiée dans le journal britannique, The Graphic, du 20 janvier 1883, page 61.


La Famille et les amis de Gambetta attendant le Président Loubet devant le Tombeau de Gambetta le 9 avril 1901 vers 8 h 45 du matin, 
photographie tirée de "La Vie Illustrée", n° 131 du 19 avril 1901, p 38 (Collection personnelle).
A gauche, Monsieur Eugène Etienne (1844-1921), sénateur d'Oran (ami intime de Léon Gambetta), et notamment le Général Henri Jules Fabre (1841-1930). A droite, Madame Benedetta Léris-Gambetta (1840-1931, soeur de Léon Gambetta, veuve Jouinot et femme d'Alexandre Léris, 1835-1902) et l'un de ses fils le lieutenant François Léon Jouinot-Gambetta (1870-1923, neveu du tribun).
La tombe de Gambetta (à droite, près de Madame Léris-Gambetta, entre les deux chapelles) est recouverte des fleurs apportées
 la veille par les sociétés de gymnastique. Certaines sont suspendues, en tête de tombe, aux crochets d'une "charpente triangulaire en fer" installée pour l'occasion (Le Petit Niçois du 6 avril 1901 page 1).
La photographie est probablement l'oeuvre du photographe toulonnais Marius Bar (1862-1930). On retrouve d'autres photographies du même jour dans la même revue et dans les recueils photographiques de Léon Bouët (1857-1911), Cérémonies et voyages officiels du Président Emile Loubet (vues 12 et 13, Paris, BnF)  et Inauguration du monument à Gambetta sur les allées de Tourny à Bordeaux par le Président Emile Loubet (vue 54, Paris, BnF, à voir sur Gallica). On trouve également une excellente photo en ligne de cet événement sur le site du Jean-Paul Getty Museum de Los Angeles.



- Nice - Le président de la République devant le Tombeau de Gambetta,
M. Loubet au Cimetière du Château, à Nice, le 9 avril 1901, vers 9 h du matin, 
avec à droite le lieutenant Jouinot-Gambetta et sa mère Madame Léris-Gambetta, 
illustration (dessin et photomontage) tirée de "L'Illustration", n° 3033 du 13 avril 1901, p 228 (Collection personnelle).
Le poteau de la pancarte identifiant la tombe de Gambetta est visible derrière l'urne ; il est difficile de dater l'apparition et la disparition (entre 1883 et 1909) de cette pancarte attestée dans les années 1890, présente ici et encore signalée en 1903.
Un moment semblable à cette image est présent dans "La Vie Illustrée", n° 131 du 19 avril 1901, p 38 (Collection personnelle), avec la légende suivante : "La visite au tombeau de Gambetta, avant le transfert des cendres du grand tribun au Panthéon, représentait la première étape intéressante du voyage de M. Loubet. La tombe, d'une rare simplicité, disparaissait sous une moisson fleurie, fauchée par les sociétés de gymnastique qui, la veille de la visite présidentielle, avaient apporté là des brassées de parfums."
"Le Petit Niçois" du 10 avril 1901 p 7 commente l'instant : "M. Loubet, tête nue, demeure un instant silencieux devant le simple monument qui recouvre les restes du grand patriote, et tandis qu'on y dépose de sa part une couronne toute en violettes de Parme, lilas blancs et iris de Suze, le chef de l'Etat s'entretien à voix basse avec Mme Léris-Gambetta et M. Etienne".


- Cimetière du Château (Allée du Brûloir) : (Première) Tombe de la Famille Gambetta, 1903,
dessin exécuté le 1er janvier 1903 (vingtième anniversaire de la mort de Léon Gambetta) et publié le 20 janvier 1903 dans, "Après l'Ecole" (revue illustrée d'enseignement populaire, pp 193-196, fig. 15b),
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.
Alors que l'article de la revue signale la pancarte identifiant la tombe, le dessin ne la montre pas.


- GILIBERT A. (?-?), Tombe de Gambetta, sans date (entre 1904 et 1909),
carte postale avec tirage photographique sur papier albuminé collé sur carton (collection privée) ;
cette photographie peut être datée au plus tôt d'avril 1901 du fait que la Pyramide n'est plus visible à l'arrière de la tombe et que la structure métallique triangulaire entourant la pancarte, placée pour les fêtes du 8 et 9 avril 1901 (et visible sur les deux images précédentes), est toujours en place à la tête du tombeau. La photo ne montre plus cependant l'amoncellement de couronnes dû à cette cérémonie, ces dernières ayant été pour la plupart déplacées autour de la Pyramide de Gambetta. La datation de la photographie, entre 1904 et 1909, est permise par la présence d'une stèle érigée en 1904 à l'arrière du Tombeau de Gambetta qui, pour sa part, sera déplacé début 1909.


- Cimetière du Château (Allée du Brûloir) : Première Tombe de la Famille Gambetta,
négatif sur verre, 13x18 cm, daté du 2 mars 1909, Agence de Presse Meurisse, Paris, BnF.
Le cippe dominé de l'urne drapée a été déplacé sur le nouveau site, au centre du Plateau supérieur, avant le transfert des cendres de la Famille Gambetta du 2 avril 1909, puisqu'il apparaît sur les clichés pris à cette date. La concession de cette tombe a été rendue gratuitement à la ville par Madame Benedetta Gambetta (veuve de Monsieur Alexandre Léris), en mai 1909, "à la condition que le nouveau tombeau qui resterait propriété de la ville, soit affecté à perpétuité à la sépulture de la famille Gambetta" 
(Archives municipales, Délibération du Conseil municipal, 1D1, Partie 34. séance du 14 mai 1909, pp 235-236).
La seule plaque conservée au pied du tombeau est celle de La Jeunesse Républicaine Niçoise.


En 1893, lors d'une visite d'hommage au grand homme (dixième anniversaire de sa mort), le député Albert Tournier espérait, en gravissant la colline, que l'emplacement choisi pour la tombe ait été celui d'une "aire d'aigle que, le soir, les nuages devaient effleurer de leur blancheur humide". 
Au-dessus de cette tombe humble et timide, écrivait-il, s'étend un large espace vide dominant le champ de repos. Les nombreuses couronnes des funérailles, aux rubans fanés sous la ruisselée des pluies septembrales, aux perles égrenées, aux fleurs desséchées et pourries sont disposées sur les cotés d'une haute pyramide quadrangulaire. Cette pyramide pourrait disparaître et faire place à un monument aussi simple qu'on le voudra mais non étranglé par les promiscuités posthumes, et vraiment digne de recevoir les cendres du grand citoyen". 
L'auteur faisait donc le souhait public de son transfert sur le Plateau supérieur, "sur le monticule que dorent les premiers feux de l'aurore, sur qui le soleil, en se retirant vers l'Estérel, décoche ses dernières flèches et où le grand disparu pourra dormir tranquille sur les rêves de l'infini" (Albert Tournier, homme de lettres et député, dans, Gambetta, Souvenirs anecdotiques, Paris, Librairie Marpon et Flammarion, 1893, pp 325-332).

Le souhait de voir le tombeau déplacé à un endroit plus dégagé ne sera exaucé par le Maire de Nice, Honoré Sauvan, que 16 ans plus tard, et c'est bien sur le Plateau supérieur (au centre de l'actuel Plateau Gambetta), en remplacement de la pyramide de bois, que sera construit, fin 1908-début 1909, le monument actuel où les restes de Léon Gambetta seront transférés le 2 avril 1909 (mais également de sa tante, de sa mère, et de son père décédé depuis, en décembre 1890).


- Cimetière du Château (Plateau supérieur, actuel Plateau Gambetta) : Translation des cendres de Léon Gambetta, les 1 et 2 avril 1909,
en présence, notamment de : André de Joly, Préfet, Honoré Sauvan, Maire de Nice et sénateur (tout à gauche), Raymond Huet, attaché au ministère des Affaires étrangères, d'un sénateur et de trois adjoints municipaux,
de membres de la Famille Gambetta, le Commandant François Jouinot-Gambetta et Pierre-Barthélémy Gheusi,
de Alban Guillandre, architecte des jardins et cimetières municipaux, et de Martin, gardien du cimetière,
carte postale, photographie de Jean Gilletta,
Collection José Maria, Président du Club cartophile de Nice et des Alpes-Maritimes.


"L'emplacement ancien, submergé par l'assaut continuel des tombes, écrit Pierre-Barthélémy Gheusi en 1909, disparaissait presque parmi les monuments nouveaux ; la ville a décidé le transfert de la sépulture, telle qu'elle fut construite par Gambetta, sur le terre-plein où l'on avait, en 1883, érigé la pyramide en planches qui disparut littéralement sous l'amoncellement des fleurs et des couronnes envoyées à Nice des quatre coins du monde. De là, entre le ciel ligure, presque toujours pur et profond, et la mer incomparable, au centre d'une région encadrée par les glaciers étincelants des Alpes et le seuil mobile de l'Orient des aventures et des légendes, les pèlerins émus du Tombeau (de Gambetta) verront resplendir à leurs pieds (...) le pays délicieux qui fut la dernière conquête de la France territoriale" (Pierre-Barthélémy Gheusi, parent et biographe de Gambetta, dans, Gambetta par Gambetta, Lettres intimes et souvenirs de famille, Paris, Société d'Editions Littéraires et Artistiques, 1909, pp 404-405).

"Dernièrement, avec l'assentiment des membres survivants de cette famille, la Municipalité, désirant rendre un pieux hommage à la mémoire du Grand Patriote que fut Léon Gambetta, a fait aménager un nouveau tombeau au même cimetière, et y a fait transférer les restes mortels qui étaient inhumés dans l'ancienne concession familiale" (Archives Municipales, Délibération du Conseil municipal, 1D1, partie 34, séance extraordinaire du 14 mai 1909, pp 235-236). 


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta) : Tombe de Léon Gambetta (1838-1882) et de sa famille, 1908-1909 (photo de 2015),
homme politique français (1869-1882), député, Ministre de l'Intérieur, Président de la Chambre des Députés, Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères de la Troisième République ;
le mausolée est l'oeuvre d'Alban Guillandre, architecte de la Ville : au coeur d'un enclos le monument de marbre est constitué d'un haut soubassement portant un sarcophage dominé par un cippe funéraire couronné d'une urne drapée (transférés de l'ancien caveau familial).
La plaque porte les inscriptions suivantes :
"A LÉON GAMBETTA
La Ville De Nice
Gardienne De Ses Cendres
----------
Honoré SAUVAN Maire".


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta, axe ouest-est) : Tombe de Léon Gambetta (1838-1882) et de sa famille, détail, 1908-1909 (photo de 2015).

- Cimetière du Château (Plateau Gambetta, axe est-ouest) : revers de la Tombe de Léon Gambetta (1838-1882) et de sa famille, (photo de 2015).
L'arrière de la tombe est plus rarement photographié. Il montre le monument déplacé de l'ancienne tombe avec le cippe, le médaillon de bronze de la tante Massabie mais l'arrière de l'urne.
Au bas du sarcophage une plaque désigne les membres inhumés de la famille Gambetta (la tante et la mère de Léon Gambetta puis Léon Gambetta et son père), avec une erreur (1888) sur la date de décès de Joseph, père de Léon Gambetta  ; ce dernier est mort, en effet, le 4 décembre 1890, vers 12h 30 (Le Petit Niçois du 5 décembre 1890 page 2), comme l'atteste notamment une copie de l'acte de décès, en date du 5 décembre, conservé aux Archives municipales de la ville de Nice.
"JENNY MASSABIE 1808-1878 - LÉON GAMBETTA 1838-1882
MADELEINE MASSABIE 1814-1882 - JOSEPH GAMBETTA 1816-1888".


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta, axe est-ouest) : revers de la Tombe de Léon Gambetta (1838-1882) et de sa famille,
 détail du tombeau, 1908-1909, avec le médaillon circulaire de bronze de la tante de Léon Gambetta, avec l'inscription, à gauche, "Jenny Massabie", vers 1878 (photos de 2015).


- Schéma récapitulatif des emplacements successifs du Tombeau et de la Pyramide de Gambetta (élaboré sur une partie du plan du Cimetière du Château, daté du 16 décembre 1964, Archives Municipales de la Ville de Nice) :
1- Tombeau familial de 1878 dans lequel Léon Gambetta est enterré en 1883 ;
2- Tombeau familial dans lequel les cercueils de Léon Gambetta et de ses parents sont transférés depuis le 2 avril 1909.
A- Premier emplacement de la Pyramide de 1883 à 1901 ;
B- Deuxième (?) emplacement de la Pyramide en 1901 :
C- Troisième emplacement de la Pyramide, de 1901 à 1904 ;
D- Quatrième emplacement de la Pyramide, de 1904 à fin 1908/début 1909, avant sa destruction et son remplacement par le Tombeau de 1909.


- Cimetière du Château (axe ouest-est), photo 2015 de l'Allée du Brûloir montrant l'ancien emplacement du Tombeau de Léon Gambetta (1883-1909),
avec en arrière-plan l'emplacement actuel au centre du Plateau Gambetta (depuis 1909).




SORTIE PÉDAGOGIQUE DU LUNDI 30 NOVEMBRE

Sophie Martinez, professeur de la section Danse, Murielle Gnutti, professeur-documentaliste et moi-même avons rendez-vous avec le photographe professionnel Simon Couvin sur le Plateau Gambetta pour faire découvrir aux élèves 
de la classe de 1L1, danseuses et plasticiens, le parcours des sculptures choisies, base de leur travail chorégraphique et photographique. 

Les deux groupes se séparent ensuite, l'un pour rendre la qualité des sculptures au-travers de la prise de vues, l'autre pour s'inspirer des postures des sculptures et créer des phrases chorégraphiques liées par la déambulation.



- Cimetière du Château (Plateau Gambetta) : Simon au travail avec le groupe des plasticiens : les réglages de la prise de vues.


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta) : le travail sur la lumière.


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta) : le travail de cadrage.


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta) : Sophie avec les danseuses : le travail des postures.


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta) : le travail en duo.


- Cimetière du Château (Plateau Gambetta) : une première phrase chorégraphique.




PREMIÈRES PHOTOS DES ÉLÈVES 



 - SEGOFFIN Victor (sculpteur toulousain, 1867-1925), La Pensée (femme debout, drapée et voilée en méditation, accoudée à la stèle),
 détail, "Paris, 1918",
marbre, tombe L., monument n°17 (Plateau Gambetta, allée interne, côté est).


- La signature de l'artiste Segoffin, en bas à gauche de la figure sculptée, avec l'initiale de l'ensemble de ses prénoms, Joseph.Ambroise.Jean.Victor, l'évocation de son atelier parisien, et une date qui actuellement, se lit davantage (en macrophotographie) comme "1913" que comme "1918" (?).


-  GARIBALDI Giuseppe (dates ?), Ange  debout (à l'habit timbré d'une croix noire et tenant d'une main le rideau d'entrée de la chapelle et de l'autre une torche renversée), détail, vers 1900-1905,
monument n°18 (Plateau Gambetta, allée interne, côté est).


- La signature de l'artiste, le Professeur Giuseppe Garibaldi, en bas à gauche de la figure sculptée,
 avec l'évocation de son atelier italien de Carrare.












mercredi 25 novembre 2015

423-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA VILLE DE NICE-PROJET PÉDAGOGIQUE-6





- Plan du Cimetière du Château, daté du 8 janvier 1935 : détail du Plateau d'entrée (axe ouest-est),
avec au centre le Monument des Victimes de l'Incendie de l'Opéra,
Archives municipales de la Ville de Nice.



LE PLATEAU D'ENTRÉE : L'EXEMPLE DU MONUMENT DES VICTIMES DE L'INCENDIE DE L’OPÉRA

Lorsque le visiteur franchit le portail du Cimetière du Château, il se trouve confronté, face à l'entrée, à une grande pyramide élevée en hommage aux victimes de l'incendie de l'Opéra (Théâtre municipal) qui a eu lieu le 23 mars 1881. Ce monument perpétue le souvenir de ce drame collectif qui a marqué l'histoire de la ville et causé un grand nombre de victimes (de 60 à 200, selon les estimations ; 63, selon la séance du Conseil municipal du 9 avril 1881).


- Cimetière du Château (plateau d'entrée) : Monument des Victimes de l'Incendie de l'Opéra (axe ouest-est), 1881-1882,
pyramide quadrangulaire de 4 m de côté et 7,20 m de haut, édifiée en pierres de la Turbie, avec, au milieu de trois des faces (sud, est, nord), une table avec la liste alphabétique gravée des victimes (nom et âge).
Les inscriptions ne sont plus très faciles à lire en 2015 mais on peut constater que seulement 46 noms de victimes sont gravés (15 au sud, 15 à l'est et 16 au nord) ce qui peut s'expliquer par le fait que certaines victimes n'ont pas été identifiées et par le fait que seuls les corps inhumés sous la pyramide sont cités, certains corps ayant été en effet inhumés dans des caveaux familiaux, dès le 25 mars 1881. D'autres corps ont été retirés plus tard de la pyramide, comme ceux de la Famille D., suite à la demande d'un parent qui a obtenu, en octobre 1881, le droit à une concession gratuite de la part de la municipalité (Archives municipales, Délibération du Conseil municipal, séance du 5 octobre 1881, 1D1, Partie 14,p 180) et leurs noms ne semblent pas gravés sur la pyramide (les plaques n'ont été gravées qu'au second trimestre 1882- cf. Le Petit Niçois du 24 mars 1882 p 2).
La table de la face principale (ouest) offre pour sa part, sous une croix latine gravée, l'inscription dédicatoire suivante :
"AUX 
VICTIMES DE L'INCENDIE
DU 
THÉÂTRE MUNICIPAL
23 MARS 1881".


Il y aurait beaucoup à dire sur le choix d'un tel monument et sur la fascination ancienne de l'Europe pour les monuments de l'Egypte antique, les temples et surtout les monuments funéraires que sont les pyramides et les obélisques. Le XIX° siècle, entre autres, a érigé de nombreuses constructions égyptisantes, réactivées par la campagne d'Egypte de 1798-1801 puis par le style éclectique architectural de la seconde moitié du XIX° siècle. Au sein même du Cimetière du Château se trouvent plusieurs pyramides, de nombreux obélisques et deux temples égyptisants.

Si l'on consulte des guides touristiques actuels, des articles en ligne ou même des ouvrages historiques pour chercher la date de la construction de cette Pyramide des Morts de l'Opéra, on ne la trouve pas : seule la date de l'incendie apparaît. 

Le monument a été érigé par la municipalité au-dessus des corps non identifiés et non récupérés par les familles. On peut raisonnablement penser que le monument a été rapidement érigé dans les mois qui ont suivi le drame, la même année 1881, mais est-ce réellement le cas ? 

N'y-a-t-il pas eu un monument éphémère en bois permettant le recueillement des familles et le dépôt de couronnes ? Ce dernier était-il déjà en forme de pyramide comme cela sera le cas sur le Plateau le plus élevé du Cimetière, entre 1883 et 1908, en hommage à Léon Gambetta (décédé le 31 décembre 1882) et avant l'érection, au même emplacement, d'un monument définitif différent en 1909 ? Y-a-t-il eu pour le Monument des Morts du Théâtre municipal (Théâtre-italien ou Opéra) un petit monument de pierre intermédiaire (crypte) avant la construction de l'enveloppe de la grande pyramide actuelle qui l'a englobé ? Enfin, à quelle date le monument définitif a-t-il été inauguré ?



- Plan (sans date) du Monument des Victimes de l'Incendie de l'Opéra,
Archives municipales de la Ville de Nice.


N'ayant rien trouvé de consistant sur l'érection du monument dans les Délibérations municipales des années 1881 et 1882, Madame Véronique Thuin-Chaudron a eu la gentillesse d'attirer mon attention sur un article du journal Le Petit Niçois du 24 mars 1882 (page 3) ; en réponse au regret formulé la veille par le journal, de ne pas avoir vu achevé ce monument commémoratif pour le premier anniversaire du drame, la Mairie fait passer la note suivante : "Le monument commémoratif a été commencé il y a près de huit mois (vers juillet 1881). On y met, en ce moment, la dernière main et dans très peu de jours, il sera complètement achevé". 

Le Monument des Victimes de l'Incendie du 23 mars 1881 n'a donc été autorisé et commencé qu'au cours de l'été 1881 et terminé, au plus tôt, qu'au second trimestre de l'année suivante. Il est d'ailleurs probable que les listes alphabétiques des noms des victimes n'aient été gravées en lettre d'or qu'à cette époque.
Cet exemple est intéressant car il est révélateur d'une datation des monuments funéraires trop souvent basée sur la date des décès et non sur la date réelle de construction des architectures et des sculptures qui peut parfois être antérieure à la date du décès ou lui être, plus souvent, bien postérieure.

Quant à l'évidence d'avoir élevé ce monument au-dessus du corps des victimes, elle est totalement à remettre en question lorsque l'on lit, Le Petit Niçois du 12 décembre 1912 (page 4), qui relate la cérémonie qui vient d'avoir lieu la veille, en rapport au drame de 1881 : "Les corps des malheureuses victimes furent déposées au dépositoire du Château puis ensevelies (le 25 mars 1881) au cimetière autour du monument que voici. Ce dernier fut élevé par la Municipalité en l'honneur et en mémoire des victimes. L'approbation ministérielle fut donnée le 5 juin 1881. Mais malheureusement, on ne songea pas à mettre dans la crypte qui y avait été aménagée les ossements des victimes. A trente ans de distance, la Municipalité a cru devoir réparer cet oubli" (voir également L’Éclaireur de Nice du 12 décembre 1912 page 4).



- M. le Général Goiran, maire de Nice, prononce son discours devant le monument, le 11 décembre 1912 au matin,
Le Petit Niçois du 12 décembre 1912 page 4,
image numérisée en ligne du site des Archives Départementales des Alpes-Maritimes.


Les restes des victimes dont les tombes entouraient la Pyramide ont donc été exhumés 31 ans plus tard et après une messe dite à leur intention dans la chapelle Sainte-Marie-Madeleine du cimetière, placés dans la crypte ré-ouverte du Monument, sauf ceux récupérés par quelques familles (6 corps) pour être enterrés dans leur caveau familial du cimetière de Caucade. 



- Cimetière du Château, Plateau Gambetta (angle nord-est de l'allée externe) :
BOUCHEZ-BÉRU Octave (1864-1939, marbrier-sculpteur d'Arras) et THORÉ (?-?, architecte à Blois), Chapelle de la Famille Paul C.,
tournant du XX° siècle (entre 1896/97, date d'achat de la concession, et 1909, date où la chapelle est visible sur l'une des photos de la translation du corps de Gambetta), détail de la partie haute de la façade ornée de croix et de pots-à-feu, .



LE PLATEAU GAMBETTA : RECHERCHES SUR LES SCULPTURES SÉLECTIONNÉES

Ces deux dernières semaines, la recherche sur les sculptures sélectionnées, a pu être affinée aux Archives municipales de la Ville de Nice. J'en profite pour remercier ici les personnels des Archives pour leur accueil, leur aide et leurs conseils. 

J'ai parcouru notamment des documents de 1871 à 1966 (dont le dossier 1W344), avec :
- la liste des 13 cimetières niçois créés entre la fin du XVIII° siècle et le milieu du XX° siècle et découvrir la surface de chacun d'entre eux, avec environ 16.500 m2 pour le Cimetière du Château,
- des plans du Cimetière du Château de 1909 (Plateau supérieur), 1935 (plateau d'entrée) et 1964 (ensemble),
- la réglementation de 1909 sur la taille des concessions,
- des documents d'agrandissement et d'aménagement du Cimetière,
- les nouvelles règles de construction des caveaux selon la réglementation de 1919...

Tout ceci peut sembler anecdotique mais l'emplacement de la tombe, la taille de la concession ou les dimensions du caveau deviennent des indices importants de datation. 

Les textes concernant le Plateau Gambetta, semblent indiquer que ce dernier, anciennement nommé Plateau supérieur, n'a commencé à être occupé par les tombes qu'à la fin du XIX° siècle et qu'il reste encore peu occupé à la date de 1909, du fait de concessions à perpétuité trop grandes et trop chères qu'il faut désormais envisager de subdiviser. 
Un plan de la même année indique pour sa part quelles sont les concessions déjà vendues, sans qu'il soit possible de savoir si une tombe, voire un monument ou une sculpture occupent déjà cette concession. 
La présence d'une photo de la Pyramide de Gambetta (1883-1909) dans les dossiers a cependant permis la recherche ciblée de cartes postales de ce monument et la découverte sur Internet de l'une d'entre elles, datable entre 1904-1908, et montrant la présence de tombes étudiées et permettant ainsi de resserrer la datation de leur monument. 


- Cimetière du Château, plan du Plateau supérieur (axe ouest-est), daté du 7 octobre 1909 :
 détail central avec, grisées et numérotées, les concessions occupées à cette date,
Archives municipales de la Ville de Nice.